HOERDT : L'initiative qui change tout : un jeune chef transforme son restaurant en centre de dons de sang

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mer. 19 mars 2025

Donner son sang dans une ambiance conviviale avant de passer à table, c’est l’idée originale lancée il y a un an par Jérémy Wurmel, patron du restaurant  L’Asparagus à Hoerdt. L’opération est reconduite le 26 mars, sous le parrainage de l’animateur culinaire Nicolas Rieffel et avec, au menu, couscous maison, sur place ou à emporter.

La baisse des réserves de sang oblige régulièrement l’Établissement français du sang (EFS) à lancer des appels à la mobilisation et à faire preuve d’inventivité. Des collectes insolites sont organisées dans les centres commerciaux, les salles de concert, les parcs ou encore les musées. Des chefs restaurateurs concoctent des repas pour attirer les donneurs. Roger Bouhassoun, président de la fédération des chefs d’Alsace, les a même invités à se mobiliser.

Jérémy Wurmel, patron du restaurant L’Asparagus, à Hoerdt, s’est lancé il y a deux ans. « Lorsque j’ai accompagné mon père il y a trois ans au centre culturel où était organisée une collecte, les bénévoles m’ont dit qu’ils avaient du mal à trouver des gens pour cuisiner et que le nombre de dons variait selon le type de collation, raconte-t-il. Je leur ai donc proposé de m’occuper du repas l’année suivante. » Et son initiative, relayée sur les réseaux sociaux, séduit. Le 15 mars 2023, les volontaires sont deux fois plus nombreux (120 contre 60) à donner leur sang avant de se régaler d’un délicieux wok de légumes et viandes concocté par le chef et son équipe dont fait partie Gilbert, 

 

« On a explosé le record avec 156 dons, l’équivalent de trois collectes en une ! »

 

Jérémy propose alors à l’EFS et à l’Amicale des donneurs de sang bénévoles de Hoerdt de reconduire l’expérience l’année suivante, dans son restaurant cette fois. « Ça collait en termes d’horaires, puisque nous ne sommes ouverts que le midi, sauf durant la saison des asperges, et ça permettait d’amener les gens dans un endroit plus chaleureux et rassurant qu’un centre de collecte classique, aseptisé et un peu froid », explique-t-il. Le jeune patron de 37 ans, qui a aménagé son restaurant dans la ferme familiale , compte également sur sa clientèle, nombreuse depuis l’ouverture en 2020 (le restaurant affiche régulièrement complet), pour renforcer les effectifs des donneurs.

L’EFS, d’abord sceptique, donne son feu vert , après s’être assuré du respect du cahier des charges et des normes de sécurité. Le jour J, le 20 mars 2024, c’est le branle-bas de combat. Une fois les derniers clients partis, après 14h, l’équipe a deux heures à peine pour transformer le restaurant de 250 m2 en centre de dons. Les tables et chaises sont entreposées dans le logement de Jérémy, situé à l’avant du corps de ferme. Une dizaine de lits médicaux sont alignés dans la salle de restaurant tapissée de photos de paysans en pleine récolte d’asperges, « clin d’œil à la tradition locale ». Un parcours de dons est mis en place : inscriptions sous une tonnelle à l’extérieur, secrétariat à l’entrée pour constituer le dossier médical, zone de prélèvement et espace collation.

Les donneurs sont à nouveau au rendez-vous, plus nombreux encore. « Il y avait la queue dehors. On ne s’attendait pas à avoir autant de monde. On a explosé le record avec 156 dons, soit l’équivalent de trois collectes en une !  » raconte-t-il.

« Après six heures de travail, on sait le soir même combien on va sauver de vies grâce aux dons des gens »

Déco chic et raffinée, musique d’ambiance, repas gastronomique servi dans un petit salon cosy. « Je quittais régulièrement la cuisine pour saluer les donneurs. Tout cela fait que ça a fonctionné », ajoute Jérémy Wurmel, pour qui l'opération serait « une première nationale ». Un concept « gagnant gagnant » pour l’EFS, qui booste le nombre de dons, et pour le restaurant, qui s’attire une potentielle nouvelle clientèle.

« Nous ne tirons aucun bénéfice puisque nous recevons 3 euros par repas alors qu’il nous coûte entre 7 et 8 euros, sans compter la main-d’œuvre et les charges. On perd une journée de chiffre d’affaires, mais on prend tellement de plaisir. Après six heures de travail, on sait le soir même combien on va sauver de vies grâce aux dons des gens, on est heureux parce qu’on s’est senti utiles », sourit Jérémy.

Le généreux restaurateur remettra donc le couvert le 26 mars, sous le parrainage de l’animateur culinaire Nicolas Rieffel. Au menu cette fois, le fameux couscous royal – qui a fait la réputation de l’établissement pendant le confinement – et un tiramisu en dessert (le tout fait maison, avec des produits locaux). Le repas sera servi à l’extérieur cette fois, dans un espace couvert aménagé dans la cour. « Cela dégage de la place à l’intérieur pour installer des lits supplémentaires et accueillir un maximum de donneurs », indique Jérémy, qui compte reconduire l’opération chaque année.

 

Le créneau de la collecte a été élargi, de 15 h à 20 h. Les donneurs pourront repartir avec leur plat gratuit à emporter. « Cette fois, on espère faire l’équivalent de quatre collectes en une. Si on arrive à dépasser les 200 dons, le pari sera déjà gagné », conclut Jérémy Wurmel, qui rappelle qu’un don peut sauver trois vies.

 

Afin de faciliter la collecte, l’EFS invite à s’inscrire au préalable sur son site dondesang.efs.sante.fr

Les conditions pour donner son sang

La première condition, selon le site service-public.fr, est d’être en bonne santé et de peser au moins 50 kilos. Les personnes atteintes de cancer ne sont pas autorisées à donner leur sang même après guérison. Il faut ensuite avoir entre 18 et 70 ans, sauf cas particuliers qui interdisent provisoirement les dons : tatouage, opération chirurgicale, retour de voyage dans un pays où il y a du paludisme. À partir de 60 ans, les critères sont plus stricts. Il faut soit obtenir une autorisation du médecin, soit restreindre son don. C’est le cas, par exemple, pour les plus de 65 ans, qui ne pourront donner que le « sang total ».

La durée du prélèvement varie en fonction de la nature du don, « 8 à 10 minutes » pour le sang total, « 1 heure » pour le plasma et « 1h30 » pour les plaquettes. Sans compter le temps de prise en charge avant et après le don, le repos et la collation. Un questionnaire et un entretien de pré-don permettent d’établir si ce geste est risqué pour le donneur ou pour le receveur. Il est également possible de tester son éligibilité au don de sang sur le site de l’EFS ou sur le lieu de collecte.

Pour rappel, un homme peut donner au maximum six fois par an, en respectant un délai de huit semaines entre deux dons. Une femme peut contribuer quatre fois par an, en respectant le même délai entre deux dons.

Source DNA